Blog Loona

Lettre à mon corps

Quel est ton nom, ton ombre, ton linceul… ? Ton ombre que je m’amusais à dérober au silence dans le néant du jour… Ton ombre que je renvoyais à l’obscur silence des ténèbres de mes lèvres… À celui que j’ai écorché, esseulé au trépas de mon âme, lacéré, usé, émacié, anorexié sur les larmes de mon passage… À ce temps qui, aux dérives de nos déchéances, naviguait dans l’absence d’instant… A toi que j’ai haïs, malmené au trépas de ton ombre, à jouir de ton atrophie. Ton agonie, ma force que de te voir mutilé, saignant de ses revers, émacié, suffoquant… Jouir de te sentir acculé en cet ultime souffle… Toi mon corps, j’ai tant désiré la possibilité de ton éclipse définitive. Aux volutes éthérées de ce charnier, aire de Je s’anorexiant… Et l’absence est la voix acculée au silence sous le poids de corps… qui de l’autre absent… À toi qui m’a conduit bien malgré toi, jusqu’au mouvement indélébile, jusqu’à là… Chut… Naître dans le mauvais corps, mauvais corps, une étreinte éreintée. Je n’avais pas choisi la prison délétère de soi, où l’être se meurt évincé dans le mauvais corps… Naître dans le mauvais corps, te haïr à en jouir, te pousser à l’agonie de tes soifs, et ma sérénité que de te sentir vaporeux, évincé de toi-même, évincé en moi-même, juste l’ombre émaciée de toi-même… Je t’ai haïs aux secrets de nos silences, aux hurlements de mon urgence… et puis, j’ai charcuté… Et puis… Au corps médical je t’ai offert en pâture… Réassignez-moi !!! Je ne succomberais pas aux traîtrises de ce corps qui maltraite, qui diffère l’être et le genre… J’ai voulu te soumettre à la mort, à l’ultime, au dernier souffle… Toi que j’aime, que j’ai aimé dans les tréfonds de ton trépas… Toi qui réassigné m’offre la perspective de notre union… de notre… mutuelle connivence, connaissance, aisance… Toi qui… Souffle vital, se réinvente et… dans cette douleur libératrice, acquière l’art du vivant aux scalpels du corps médical, aux scalpels de nos murmures… d’amour et de défiance, nos chemins se sont liés, jalousés, dans leurs croisements, dans leurs croissances… Mon corps, ce tombeau initial devenu vital, existentiel, mon féminin du vivant… À la psychiatrie qui repue de ses carcans obsolètes, de sa transphobie initiale, délétère psychose qui impose de mourir à soi-même… De cette psychiatrie qui rompue de ses œillères, se doit de céder face à l’harmonie d’une guillotine qui libère… Réassigne le vivant. Qui libère parole et le temps à venir… Toi, ce corps qui jouait à déjouer l’évidence, ancré dans leurs discours bien pensant, carcans contextuels asphyxiants… Au structurel du genre qui défie et assigne au néant vos vérités d’un revers de raison qui résonne… Tel Narcisse à Écho aux confins du miroir, l’Être Alice à l’aurore du vivant… La volonté de puissance, l’agonie fervente menant indéfiniment à soi, à la libération de soi… À ta libération, mon corps. Ce nous deux réunit et unit en une réflexion du monde, du temps, du genre, de la raison, le voyage… Le corps, ce souffle à mes lèvres… Mon corps compagnon de fortune… Et c’est ici que nous vieillirons.

 Et l'absence est la voix acculée au silence sous le poids de ce corps. J'ai entendu l'effroi de leurs matraques, chavire, charogne, chars démesurés, leitmotiv acculant mes désirs, charlatans conditionnés aux déflagrations de leur patriarcat. Oublie de vivre ! Présentez arme ! Profit, profil bas, fais fi de ton humanité. Cher enfant qui tremble à l'idée de prétendre... pré-pendu, ne pense pas, ne dis rien, répond par la positive, répond à la négation de ton être. Soumission mercantile, va plus vite, tu n'es rien qu'un outil, oui au mieux un outil jouissif pour celui-ci Ogre insalubre de sa pestilentielle auréole qui s'accommode d'être divin...  
N'es-tu pas... Aphone...
Refuse, réfute, abattu comme un chien dans les ruelles annexes, sur les plaines, arènes, jeux du cirque. Le peuple se surveille et se dénonce dans son improbable croyance individuelle à être choyable par le divin corrosif dirigeant. Ta valeur est indiquée au pas de course sur les chaînes d'un état qui t'accuse de sa perte. J'accuse, chut... en silence.
N'es-tu pas ?
Je n'entends pas...
C'est une marche militaire, fière et laide, fière et belle, il n'y a que leurs sens, il n'y a que du sang, du sans, douce marche militaire qui résonne et accable sous des vagues d'éther, écume, opium... j'ai cédé mes artères, l'autoroute me défèque, m'éjecte... avons nous seulement été ? Foudroyé, usé, vieux, une loque... ne dis rien. T'es fini, je te pousse sur l'abîme.
N'es-tu pas ? Tu n'es plus ? Oublié ?
Mais trop tard, y a la machine loin d'être molle qui appel, qui happe elle, qui râle, que je ne peux plus quitter, et Morphée embaumant mon cerveau délaissé, déjanté, propagande... Et Morphée et ses bras souillant, nous n'avons rien vu venir... Ignorance... Morphée et ses bras, et ses crocs, et ses chaînes, nous l'avons construit, en campagne, m'accompagne ma compagne, mon étoile, ma vagabonde, et ma Louise mon idem, je n'entends plus hurler. C'est l'écume du silence, chiens enragés, sinueux sur ce corps, traîtrise, maladive prison délétère, c'est l'écume du cil anse de tes pleurs, tu décèdes.


Mais l'absence est la voix acculée au silence sous le poids de ce corps... Déchue, des chutes, chut en silence, figée dans mon mutisme, lasse et dénuée du vide... Je n'avais guère que la brûlante rétine acculée sur ton corps abandonné, violé, brimé, acharné, décharné, expiation cries ton nom, expiation cries ton NON... révolte et dégueule leurs ordres, désordres maladifs... L'homme est mort, il signe sa libération.
Douce, Lacères-moi, je n'attends plus que toi,que moi, nous avons trop différé l'existence.
Y a cette voix qui culmine, qui perdure jour et nuit à ne plus savoir qu'en faire, enfer, forgez moi une camisole, mâle habile c'est ce corps qui dit rien, c'est ce corps qui martyre. Tu dis rien dans ta prospérité, sommation à l'étiolement de mon être, et perdure l'étiolement de la raison, posture, potence, matraque sur le crâne qui déchire ce silence infini... Rien ne bouge, Silence, indiffère, Rien ne bouge.
Et l'absence est la voix acculée au silence sous le poids de ce corps... Assommes-moi, assumes-moi, assommes-moi dans ma nef aliénée à chercher, persécuter, l'idée, la cécité, persistance m'acculant au mur de l'opprobre de n'avoir su m'écouter....
À nos luttes clitoridiennes

Je sublime ta déchéance dans l’harmonie de nos libérations
Douceur candide au patriarcat de tes colères
À la soumission je ne décède
À tes injonctions je ne tolère
Nos réponses sont nos luttes
Nous femmes d’ici maintenant et d’ailleurs

Se délient nos langages
S’ouvrent nos voies
S’élèvent nos voix

Tes symboles sont syndromes archaïques,
délétères, sans pensée
À la soumission je ne décède
À tes injonctions je ne tolère
Nous nous avons pansé nos êtres à la liberté d’être soi
Nos indifférences à ta vindicte se muent et ne se murent plus

Se délient nos langages
S’ouvrent nos voies
S’élèvent nos voix

Nous femmes
À tes injonctions on ne tolère
À nos luttes
À ta chute
Nous femmes
À tes injonctions on ne tolère
À nos luttes
À ta chute