La nef du fou

les sentinelles qui dévalent

raison pâle et corps plane

ne serait-ce qu’un son de voix

qui éveille et attise l’émoi

suis-je, puis-je, à qui de droit

déchue du pouvoir d’ignorance,

une femme s’écrit en un violon en guise de fantaisie

tranchées de notes, jouissent en partitions

la femme, mon homme d’émotion

quartier Nord, pulpe et trafic

nuit sur rue, une femme passe

las et rien qui ne me délasse

un œil fixé sur le vitrail

quartier Nord, mirador mi amor

tentative et feu sur la nef du fou

espion de mes heures scrute

chevauche mes rêves apaisés

suis-je, puis-je, à qui de droit

un ange trépasse, déchu

femme muse, mon homme d’émotion

regard oblique, alambic putride

viens, approche toi encore

n’ai crainte mes armes sont écorchés

ma hargne est dépouillée de mes oripeaux

vide mon corps et qui suis-je

qui puis-je être encore un instant

déchu du pouoir d’ignorance

de tout ce qui me fait « homme »

étouffez encore mon âme

les sentinelles dévallent et déballent

toutes mes histoires incomplètes

tous mes espoirs incongrus

suis-je puis-je à qui de droit

et dévoué à quoi ?

Quartier Nord, ils enferment

les formes, ma nef

ils terrent ceux qui dérangent

suis-je puis-je à qui de droit

les sentinelles dévalent, affables

raison pâle et corps plane

ne serait-ce que le son de ma voix

qui éveille et attise mes silences

suis-je puis-je être moi

à qui de droit de ne pas être

un violoncelle qui gémit

et un piano qui cascade

la voix en guise de mitraille

femme muse, femme musique

mon homme d’émotion

déchue du pouvoir d’ignorance

mélodie je m’emprisonne

mélodie je m’empoisonne

dans ma cellule aux faces vitreuses

et c’est la nef du fou….